Ensuite, l’aumônier lui parlait de Jésus, qui, tout Fils de Dieu qu’il était, s’était vu dans une situation semblable à la sienne. Cette comparaison enthousiasmait le pauvre diable. Quel honneur!... Mais, quoique flatté de cette ressemblance dans leur destinée, il désirait qu’elle se réalisât complètement le plus tard possible.

Vint le jour où la terrible nouvelle éclata comme un coup de tonnerre. Tout était terminé à Madrid. La mort arrivait, mais cette fois à grande vitesse, par le télégraphe.

Quand un employé lui dit que sa femme, avec la petite qui était née pendant son incarcération, rôdait autour de la prison et demandait à le voir, il n’eut plus de doute. Puisqu’elle avait quitté le village, c’est que la chose était imminente.

On lui suggéra de demander sa grâce, et il se cramponna furieusement à cette suprême espérance de tous les malheureux. D’autres n’avaient-ils pas réussi? Pourquoi pas, lui aussi? Il en coûtait si peu à cette bonne dame de Madrid[J], de lui sauver la vie! c’était l’affaire d’une petite signature.

Et à tous les funèbres visiteurs venus par curiosité ou par devoir: avocats, curés, journalistes, il demandait en tremblant d’une voix suppliante, comme s’ils pouvaient le sauver:

—Qu’en pensez-vous? Signera-t-elle?

Le lendemain, on l’emmènerait, sans doute, à son village, gardé et ligoté, comme une bête sauvage, qui va à l’abattoir. Le bourreau était déjà là, avec son attirail. Sa femme, attendant le moment de la sortie pour le voir, passait des heures à la porte de la prison: c’était une forte fille brune, aux grosses lèvres dont les sourcils se rejoignaient et qui, en remuant ses jupes bouffantes et superposées, exhalait une âcre odeur d’étable.

Elle était comme ébahie de se trouver là. Dans son regard stupide, on lisait plus de stupéfaction que de douleur; et la vue du poupon, cramponné à son énorme poitrine, lui tirait seule quelques larmes.

«Seigneur, quelle honte pour la famille! Elle savait bien que cet homme finirait ainsi! Plût au ciel que la petite ne fût pas venue au monde!»

L’aumônier essayait de la consoler. Qu’elle se résignât? Elle pouvait encore rencontrer, une fois veuve, un homme qui la rendrait plus heureuse. Cette pensée semblait la ranimer; elle en vint même à parler de son premier amoureux, un brave garçon, qui s’était retiré par crainte de Rafael, et qui, maintenant, s’approchait d’elle, dans le village et dans les champs, comme s’il voulait lui dire quelque chose.