—Non! ce ne sont pas les hommes qui manquent—disait-elle avec calme, en essayant de sourire.
—Mais je suis très chrétienne, et, si j’en prends un autre, je veux que ce soit devant l’Église.
En remarquant le regard étonné du prêtre et des geôliers, elle revint au sentiment de la réalité, et ses larmes forcées reprirent de plus belle.
La nouvelle arriva, à la nuit tombante. La grâce était signée. Cette dame que Rafael croyait voir là-bas à Madrid au milieu de toutes les splendeurs, comme une madone sur les autels, vaincue par les télégrammes et les prières, épargnait la mort au condamné.
La grâce eut dans la prison un retentissement de tous les diables, comme si l’on avait signifié à chacun des prisonniers sa mise en liberté.
—Réjouis-toi, disait l’aumônier à la femme du criminel gracié, on ne va pas tuer ton mari; tu ne seras pas veuve.
La jeune femme demeura silencieuse. Dans son cerveau semblaient germer lentement des idées, qu’elle s’efforçait d’écarter.
—Bien! dit-elle enfin, avec calme, et quand sortira-t-il de prison?
—Sortir de prison?... Es-tu folle? Jamais. Il peut s’estimer heureux d’avoir la vie sauve. Il ira au bagne, en Afrique, et comme il est jeune et fort, il pourrait bien vivre encore vingt ans.
Pour la première fois, la femme pleura de toute son âme; mais elle pleurait de désespoir, de rage; la tristesse n’y était pour rien.