—Allons, femme, disait le prêtre, irrité. C’est tenter Dieu. On lui a sauvé la vie, comprends-tu? Il n’est plus condamné à mort... Et tu te plains encore?
La femme cessa de pleurer. Ses yeux brillèrent d’une expression de haine.
—Bon! qu’on ne le tue pas... je m’en réjouis. Il est sauvé; mais moi?...
Et après un long silence, elle ajouta avec des sanglots qui secouaient sa chair brune et ardente:
—Alors, la condamnée, c’est moi!
UN HOMME A LA MER
A la nuit tombante, la lourde barque San Rafaël sortit de Torrevieja, avec une cargaison de sel pour Gibraltar.
La cale était bondée. Sur le pont, une montagne de sacs s’entassait autour du grand mât. Pour passer de la proue à la poupe, les marins longeaient les bordages, gardant l’équilibre à grand’peine.
La nuit était belle, une nuit de printemps, avec des étoiles à foison. La brise, fraîche et assez irrégulière, tantôt gonflait la grande voile latine en faisant gémir le mât, tantôt cessait brusquement, et l’ample voile retombait comme défaillante, avec un sonore battement d’ailes.
L’équipage—cinq hommes et un jeune garçon—soupa, après la manœuvre de sortie. Ils vidèrent la marmite fumante, où, du patron au mousse, avec la fraternité coutumière aux marins, ils plongeaient tour à tour leur morceau de pain. Ceux qui n’étaient pas de service, disparurent ensuite par l’écoutille, et le ventre gonflé de vin et de jus de pastèque, allèrent reposer sur le dur matelas.