—Voleur! trois fois voleur! rugissaient-ils, en regardant Sento.
Celui-ci s’engagea dans l’église, d’un air satisfait, ses petits yeux lançant des étincelles sous ses énormes sourcils. Derrière lui défilèrent les témoins, l’alcade avec sa troupe d’alguazils, le fusil sur l’épaule, et tous les convives, suant à grosses gouttes sous le poids des capes de cérémonie, avec de grands mouchoirs aux pointes nouées, passés au bras, mouchoirs gonflés de dragées qu’ils devaient lancer à la sortie de l’église.
Les curieux, restés à la porte, regardaient le cabaret de la place. Dimoni s’y rendit comme si les sons de l’orgue l’agaçaient. Il s’y rencontra avec le Déguenillé et ses grands amis, tous les miséreux du pays, qui buvaient en silence, échangeant des clins d’yeux et des sourires avec les ennemis de Sento.
Evidemment, un complot se tramait; les femmes commentaient l’événement, d’une voix mystérieuse, comme si elles craignaient que le feu ne fût sur le point de prendre aux quatre coins du village.
Le cortège allait enfin sortir de l’église. Une marmaille, ébouriffée et sale, qui semblait surgir de la poussière, se bousculait à la porte, en criant: «Les bonbons! les bonbons!», pendant que Dimoni s’approchait en attaquant la Marche Royale.
Attention! Sento, en personne, lança une vraie mitraille de dragées, qui, ricochant sur les caboches dures, s’enfoncèrent dans la poussière, où les galopins se mirent à les chercher à quatre pattes. De là, jusqu’au logis des époux, ce fut un bombardement en règle; les dragées ne cessaient de pleuvoir, et les alguazils étaient obligés de s’ouvrir un passage, à coups de pied et de trique.
En passant devant la buvette, Marieta baissa la tête et pâlit de voir son mari jeter un sourire ironique au Déguenillé, qui lui répondit par un geste obscène. Ah! le misérable s’était juré de lui gâter son jour de noce.
Le chocolat attendait. De la tempérance, les amis! c’était don Julian qui donnait ce conseil: il fallait penser que le grand repas aurait lieu dans deux heures. Mais, en dépit d’un si sage avis, on se rua sur les rafraîchissements, sur les corbeilles de biscuits, sur les assiettes de sucreries; en peu de temps la table fut rase comme la paume de la main.
La mariée changeait de vêtements dans la chambre à coucher; elle reparut en robe de percale, les bras nus, les perles de ses épingles d’or brillant dans sa chevelure peignée avec art.
Le notaire causait avec le curé qui venait d’arriver, coiffé d’une calotte de velours, et vêtu de son long manteau à pointes. Les convives allaient et venaient dans la cour, s’informant des préparatifs du festin; les femmes s’étaient mises à l’aise et babillaient de leurs affaires de famille. Près de la porte donnant sur la rue, résonnait l’infatigable musette de Dimoni, pendant que la marmaille se bousculait, se cognait, roulait dans la poussière, pour ramasser les dragées qu’on lançait de l’intérieur de la maison.