—Je parie que tu ne me reconnais pas. Qui suis-je?
Le marquis le regarda fixement et ne put le reconnaître. Puis ses yeux exprimèrent graduellement l’hésitation et une conviction nouvelle. Il avait la peau brunie par les morsures du soleil et du froid, des moustaches courtes et sur toutes ses photographies Robledo portait la barbe... Mais tout à coup il retrouva dans les yeux de l’homme une expression qu’il se souvenait avoir souvent observée dans sa jeunesse. De plus, cette haute taille... ce sourire... ce corps robuste...
—Robledo! dit-il enfin.
Et les deux amis s’embrassèrent.
Le domestique, se sentant de trop, disparut et, un moment après, ils étaient assis et fumaient.
Ils échangeaient d’affectueux regards et s’arrêtaient parfois de parler pour se serrer les mains ou se frapper les genoux de claques vigoureuses.
Après tant d’années de séparation, le marquis se montra plus curieux que le nouveau venu.
—Tu es venu pour longtemps à Paris? demanda-t-il à Robledo.
—Pour quelques mois seulement.
Après avoir forcé pendant dix ans le mystère des déserts américains, rompu et pénétré leur virginité aussi vieille que la planète en y lançant des voies ferrées, des routes et des canaux, il avait besoin d’un «bain de civilisation».