Cette réponse plut à Hélène, qui dit en se tournant vers Canterac:

—Comme il est galant... à sa manière! Vous m’avouerez qu’un pareil hommage ne manque pas d’agrément.

Mais ce dialogue familier entre Hélène et le bandit semblait irriter de plus en plus l’ingénieur. A plusieurs reprises, il essaya de pousser son cheval entre les deux interlocuteurs pour mettre fin à la conversation, mais Hélène l’arrêtait chaque fois d’un geste contrarié.

Voyant qu’elle s’obstinait à causer avec Manos Duras, il se rabattit sur Moreno, incapable de garder pour lui seul sa colère.

—Ce gaucho est un insolent, il faudra lui donner une leçon.

L’employé approuva sans réserves la première partie de la phrase, mais il haussa les épaules en entendant le Français parler de leçon. Que pouvaient-ils contre le nomade redoutable, quand le commissaire lui même lui témoignait une sorte de respect?

—Il vous faut obtenir, continua l’ingénieur, qu’on ne lui achète plus de viande au camp et qu’on n’accepte aucune des affaires qu’il proposera.

Moreno fit un geste affirmatif. S’il ne désirait que cela, c’était facile.

Hélène reprit enfin sa marche après avoir salué le gaucho avec une certaine coquetterie; elle était satisfaite de le voir ému, ses yeux avides brillants de désirs.

—Pauvre homme! c’est un type bien curieux!