Pendant que Gonzalez continuait son patriotique discours les groupes devenaient plus importants. Un orchestre composé de quelques Italiens venus de Neuquen se mit à déchirer l’air de la stridence de ses cuivres. Immédiatement quelques couples commencèrent à danser. Don Antonio s’indigna de ce manque de respect à l’égard de l’organisateur de la fête.
—Ne les laisse pas danser avant l’arrivée de la marquise, dit-il à Fritérini, la cérémonie est en son honneur et monsieur de Canterac sera certainement mécontent si elle commence avant l’heure.
Mais les musiciens et les danseurs ne tinrent aucun compte de ses scrupules et le bal continua.
Cependant, Hélène, brillamment parée pour la fête, se trouvait encore dans le salon de sa maison. Son visage était sombre et irrité.
—Cela n’arrive qu’à moi, pensait-elle. Fallait-il que cette nouvelle nous parvînt justement aujourd’hui?... Allez donc ne pas croire aux caprices de la fatalité!
Torrebianca avait reçu le matin une lettre d’Italie que lui expédiait son notaire: il l’avait tendue à Hélène, le visage bouleversé.
«Depuis votre départ pour l’Amérique la santé de madame la marquise était si chancelante que nous attendions d’un moment à l’autre une issue fatale. Elle est morte en pensant à vous. Le dernier mot qu’elle eut la force de prononcer dans son agonie fut votre nom. Je vous envoie ci-joint quelques renseignements sur l’héritage qui malheureusement n’est pas....»
Hélène s’arrêta de lire pour regarder son mari d’un air interrogateur; mais il demeurait la tête en avant, anéanti par cette nouvelle. Elle hésita avant de parler, puis comme le temps passait sans que son mari rompît le silence, elle dit lentement:
—Je suppose que cet événement qui n’a rien d’imprévu, puisque souvent tu m’avais fait part de tes craintes, ne nous empêchera pas d’assister à la fête.
Torrebianca leva les yeux et la regarda, stupéfait...