Don Carlos fit une réponse évasive.

L’ingénieur et le commissaire venaient peut-être derrière lui, mais peut-être aussi leur faudrait-il des heures pour arriver.

—Je n’ai pas voulu les attendre. Je les trouve un peu... flegmatiques; qui sait à quel moment ils seront ici. La patience m’a manqué, et me voici.

Il expliqua ensuite que, tandis qu’il courait dans le rancho de Manos Duras, sans passer par son estancia, il avait vu venir à sa rencontre un cavalier qui galopait à bride abattue. Il avait tiré son revolver pour l’arrêter, mais en remarquant son allure, il ne s’était pas servi de son arme.

—Il semblait un singe sur un cheval et j’ai reconnu que ce singe était Cachafaz. Il m’a raconté que vous étiez ici; il m’a montré votre papier et je lui ai dit de prévenir ceux qui viennent derrière moi de ne pas perdre leur temps à passer par l’estancia; il doit les conduire ici directement... Que se passe-t-il?

Tous deux marchèrent au milieu des buissons en suivant les traces laissées par Watson quand il était venu au-devant de Rojas. Don Carlos, qui menait son cheval par la bride, le laissa à l’endroit même où Richard avait laissé le sien un moment auparavant. Puis ils gravirent sur les genoux, en s’aidant de leurs mains, la colline sablonneuse du sommet de laquelle ils pouvaient voir le rancho de la India muerta.

Avançant la tête au milieu des feuilles, ils virent Piola assis par terre comme tout à l’heure; mais il était seul. Manos Duras avait disparu.

L’homme fumait et regardait autour de lui avec inquiétude comme si ses sens, aiguisés par la vie aventureuse du désert, l’eussent averti de l’approche d’un ennemi caché.

De temps en temps il tendait le cou et regardait au loin, comme attendant l’arrivée de quelqu’un.

—Attaquons-le, dit don Carlos à voix basse.