— Cela s’appelle un grain de beauté.

— Pourtant tu n’es pas belle comme maman, reprit Lulu ; mais tu as l’air bon.

Au bout de trois minutes, elle dormait à poings fermés, et sa gouvernante la regardait en souriant. C’était un joli groupe ; j’en ai conservé un croquis. Meta se leva pour transporter l’enfant dans son lit. Mme de Mauserre voulut l’en empêcher, et lui représenta que cela regardait la bonne. — Permettez, madame, lui répondit-elle de sa voix douce ; on la réveillera en la déshabillant ; il est mieux que je sois là.

Elle sortit avec son fardeau, suivie de Mme de Mauserre, qui me dit en passant : — Elle est charmante. Écrivez bien vite à votre ami pour le remercier du trésor qu’il nous a envoyé.

Après un quart d’heure, elle revint avec une lettre que Mlle Holdenis avait apportée et qui était ainsi conçue :

« Très-honoré monsieur, des revers de fortune et la difficulté d’entretenir ma nombreuse famille m’obligent de me séparer de ce que j’ai de plus cher au monde. C’est une épreuve bien cruelle que Dieu m’impose. Je ne pensais pas qu’un jour ma pauvre Meta en serait réduite à gagner son pain ; j’avais rêvé pour elle un avenir plus doux. Permettez à un père de recommander chaudement à vos bontés et à celles de votre digne épouse cette pauvre chère enfant. Vous apprécierez, j’en suis sûr, la noblesse de son caractère et l’élévation de ses sentiments. Elle apprendra l’allemand à votre aimable petite fille, elle lui apprendra aussi à tourner ses regards en haut et à préférer à tous les biens de la terre cet idéal suprême qui est la nourriture du cœur et le pain de l’âme. Veuillez agréer, honoré monsieur, les respects de votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Benedict Holdenis. »

En me donnant cette lettre à lire, M. de Mauserre me souligna de l’ongle ces trois mots : votre digne épouse, et me dit à l’oreille : — Nous aurons d’ennuyeuses explications à donner ; votre ami aurait bien dû s’en charger.

— Pouvait-il expliquer, lui répondis-je, ce qu’il ignorait lui-même ?

— Je passai la lettre à M. d’Arci, qui fit la grimace et dit : — Elle est Allemande, elle se nomme Meta, et elle adore l’idéal. Sauve qui peut ! — Et se tournant vers Mme de Mauserre. — Vous l’avez désobligée, madame, en lui offrant à souper. Vous imaginez-vous qu’elle mange et qu’elle boive ? C’est affaire aux Welches.

— Je vous répète qu’elle est charmante, lui répondit-elle, et que je l’aime déjà de tout mon cœur.