— Ce qui me plaît en elle, dit Mme d’Arci, c’est qu’elle n’est pas coquette. Une autre aurait tenu à laisser son waterproof à la porte.
— Si on me demande mon avis, dit M. de Mauserre, je regrette Colombine et ses pirouettes. La charmante Meta me fait penser à cette femme dont on a dit que ses beaux yeux et son beau teint servaient à éclairer sa laideur.
— Êtes-vous bien sûr qu’elle soit laide ? interrompis-je. Il faut se défier du premier coup d’œil. J’ai connu des gens qui en arrivant à Rome trouvaient la ville affreuse ; ils y étaient encore huit mois après et ne pouvaient plus s’en aller.
— Il est certain, fit M. d’Arci de son ton narquois, que nous ne connaissons jusqu’à présent que les faubourgs. Avez-vous été admis à visiter le Colisée ?
— Pas de mauvaises plaisanteries, lui répliqua Mme de Mauserre en lui donnant un coup sur la bouche avec son éventail, sinon nous prierons Mlle Holdenis de vous donner quelques leçons d’idéalité.
— Mon gendre a raison, dit M. de Mauserre. Je crois comme lui que Tony a des lumières particulières sur les charmes de la gouvernante de Lulu. Tony, nous ferez-vous la grâce de nous expliquer en quoi consiste la plaisanterie de votre ami Harris ?
— En ceci, lui répondis-je, qu’il s’est piqué de me faire faire à mon insu une bonne œuvre dont j’aurais dû m’aviser de moi-même. M. Holdenis, dans un moment d’embarras, m’avait emprunté quelque argent, et sa fille a vendu un bracelet pour me le rembourser. Un si beau trait méritait récompense.
— Et depuis que vous voilà riche, vous lui avez rendu dix bracelets ?
— Oh ! que non pas ! Il est utile d’apprendre aux filles à payer les dettes de leur père.
— Je suis tout à fait rassuré, dit-il en riant, Voilà un propos qui ne sent pas l’amoureux.