Meta lut à son tour. Si elle était maîtresse de sa langue, elle l’était moins de son visage, et, pour employer un vieux mot, elle ne commandait pas toujours à ses petits esprits ; ils la trahissaient quelquefois. J’avais cru voir la veille une flamme jaillir de ses yeux ; je la vis en cet instant devenir pâle comme la mort, et je crus qu’elle allait se trouver mal. M. d’Arci la regardait comme moi, il avait aux lèvres un sourire noir. Elle eut la ressource de se jeter à corps perdu sur Mme de Mauserre et de l’embrasser si longuement que M. d’Arci finit par lui dire : — Permettez, mademoiselle, on embrasse les gens, on ne les étouffe pas. — Puis, décrivant un quart de cercle. — Chère madame, ajouta-t-il, veuillez agréer les félicitations de votre gendre.
— Merci, lui répondit Mme de Mauserre ; mais nous avons encore devant nous dix mois d’attente.
— Ainsi le veut la loi, dit M. de Mauserre d’un ton résigné.
La pauvre femme nous embrassa tous à la ronde et se sauva dans sa chambre, où elle s’enferma seule. Son bonheur lui donnait des scrupules, sa joie lui faisait peur ; elle éprouvait le besoin de la cacher, et, comme elle le disait, de n’en parler qu’à celui qui comprend tout.
M. d’Arci ne cachait pas la sienne ; elle était bruyante à ce point que pour une raison ou pour une autre elle devint importune à tout le monde. M. de Mauserre s’empara d’un journal ; je pris une feuille de papier et me mis à dessiner. Une ombre vint s’interposer entre la lampe et mon crayon. Je levai les yeux ; Meta était debout auprès de moi. Elle n’était plus laide ; elle avait le teint animé, l’air coquet, une langueur fiévreuse dans le regard.
— Ne peut-on savoir, me demanda-t-elle à voix basse, ce que vous a prédit la bohémienne ?
— A propos de quoi ?
— Sur ce qui doit se passer après-demain dans un cimetière où il y a des roses.
— Elle m’a prédit qu’il ne s’y passerait rien.
— Rien du tout ?