— Je prétends obtenir de l’assiégeant qu’il lève le siége.

— En faisant appel à son exquise sensibilité et à la délicatesse de sa belle âme ?

— Non, par d’autres moyens. Ne me demandez pas lesquels ; c’est mon secret.

— Et vous vous engagez à réussir ?

— Je m’y appliquerai ; promettez-moi de votre côté de ne parler de rien à Mme de Mauserre, et même de faire bon visage à Mlle Holdenis.

Il me répondit que c’était exiger beaucoup de lui, que cependant il consentait à se prêter à mon essai, après quoi il reprendrait sa liberté et procéderait à sa façon. Il sortit en retroussant sa moustache et chantonnant le refrain favori du grand Frédéric :

Je la traiterai, biribi,

A la façon de barbari,

Mon ami.

Vers le soir, la pluie cessa, le temps s’éclaircit. Le lendemain, à notre réveil, il n’y avait plus un nuage au ciel. Six heures n’avaient pas sonné que deux voitures, attelées l’une et l’autre de trois vigoureux percherons, nous attendaient devant la grille de la terrasse. Tout le monde fut exact au rendez-vous, sans excepter Mme de Mauserre, à qui le bonheur faisait faire des prouesses. Quand elle nous rejoignit, les yeux gros de sommeil, emmitouflée de fourrures comme au fort de l’hiver, M. de Mauserre engagea cette belle frileuse à monter dans la calèche, dont la capote relevée la protégerait contre la fraîcheur du matin. Il monta lui-même dans le break, qu’il se proposait de conduire, et appela auprès de lui Lulu et sa gouvernante. Il avait compté sans son gendre, qui se fit un malin plaisir de s’adjoindre à eux, sous prétexte qu’il entendait profiter de l’instructive conversation de Mlle Holdenis. Il fut sourd à toutes les objections, et affecta de ne point apercevoir les froncements de sourcils de son beau-père, qui dut s’accommoder de sa gênante société. Je pris place dans la calèche avec Mme de Mauserre et Mme d’Arci, et nous voilà en route.