— J’ai eu tort, dit-elle humblement. J’ai oublié ma situation ; la gouvernante de votre fille vous en fait, monsieur, toutes ses excuses.

— Je ne suis pas en ce moment le père de ma fille, je suis un homme qui pensait avoir le droit… — Il n’acheva pas sa phrase ; il préféra en commencer une autre. — Ne sommes-nous pas le 1er septembre ? C’est aujourd’hui que Tony devait vous demander votre main. Que lui avez-vous répondu ?

— Je n’ai pas eu de réponse à lui faire, monsieur, parce qu’il ne m’a rien demandé.

— C’est pourtant un endroit bien choisi qu’un bateau pour y faire une déclaration ; on ne risque pas d’y être dérangé. La sienne a-t-elle été brûlante ? A-t-il su profiter de la circonstance en habile homme ? a-t-il été entreprenant ?

— Songez-vous bien, monsieur, à qui vous parlez ?

— Je suis tenté de croire, poursuivit-il, que votre naufrage n’a point été un accident. M. Flamerin a voulu se procurer le plaisir de vous sauver, le plaisir plus doux encore de vous porter pendant dix minutes dans ses bras. Comme il vous tenait étroitement serrée contre son cœur ! Est-il certain que vous fussiez tout à fait évanouie ?

Elle enfla sa voix, et ce fut à son tour d’avoir le verbe haut : — Eh bien ! oui, s’écria-t-elle, M. Flamerin a pris aujourd’hui avec moi de grandes libertés. Ce qui me console, c’est qu’un jour peut-être je serai sa femme.

— Cela ne sera pas.

— S’il le veut, qui pourrait l’en empêcher ? Vous oubliez qu’il est libre, lui !

Ce mot l’accabla, et je crus l’entendre pousser un profond soupir. Il se pourrait aussi que ce fût une illusion ; dans certaines circonstances, les oreilles me tintent.