— Si vous méprisez mes conseils, reprit-il d’un ton plus doux, j’aime à croire que vous attachez quelque prix au consentement de votre famille. Je peux vous assurer que votre père n’autorisera jamais ce mariage.
— Vous lui avez donc écrit ? Comme vous abusez de mes confidences !
— Il m’a répondu courrier par courrier que M. Flamerin était sans doute un bon parti, mais qu’il n’agréerait pour son gendre qu’un homme d’un esprit sérieux et de principes sévères, et que les hommes à principes ne se rencontrent guère parmi les artistes. Une telle délicatesse lui fait d’autant plus d’honneur qu’il se trouve, paraît-il, dans une situation embarrassée.
— Il vous a parlé de ses affaires ? lui demanda-t-elle avec émotion.
— Je lui sais gré de sa confiance. Quelqu’un lui propose de le prendre pour associé dans une entreprise qui lui permettrait de relever en peu de temps sa fortune ; mais on exige de lui un apport de capital qu’il ne possède pas.
— Et qu’il vous prie de lui avancer ?
— Je serais heureux de pouvoir faire quelque chose pour le père de Meta Holdenis.
— Ah ! monsieur, pourquoi obligez-vous une fille à plaider pour vous contre son père, et à vous avertir que, si honnête, si loyal qu’il soit, il est homme à projets et à chimères, qu’il a la main malheureuse dans tout ce qu’il entreprend, que vous lui rendriez un service fatal en encourageant ses illusions, que vous ne reverriez jamais votre argent, et que ma fierté ne s’en consolerait pas ?… J’exige, monsieur, que vous ayez le courage de le refuser. Je suis prête, s’il le faut, à vous demander cette grâce à genoux.
— Calmez-vous. Je refuserai, puisque vous m’en priez. Laissez-moi vous dire que vous avez le cœur le plus noble et le plus délicat que je connaisse.
— Et vous, monsieur, vous êtes la bonté même… Pourtant vous m’avez fait tout à l’heure la plus injuste querelle.