Après avoir pris la précaution de refermer les fenêtres, Mme d’Arci me fit subir un interrogatoire sans recevoir de moi que des réponses évasives. Je lui rappelai que j’avais obtenu d’elle et de M. d’Arci un vote de confiance et un crédit de temps.

— Vous finirez bien par nous rendre vos comptes, me dit M. d’Arci, qui nous rejoignit sur ces entrefaites. Vos intentions sont bonnes ; je vous reproche seulement de manquer d’esprit de suite et d’être un trop bon nageur.

— Je ne veux pas la mort du coupable ; je travaille à sa conversion.

— C’est bien à vous, reprit-il, de prêcher les gens ; ce serait mieux encore de ne pas les repêcher.

— Laissez-moi faire à mon idée, et souvenez-vous de votre promesse.

— Je ne dirai rien qui puisse irriter mon beau-père, je ne ferai rien qui puisse inquiéter Mme de Mauserre. Êtes-vous content ?

— Je le serai tout à fait si nous réussissons à éviter une crise qui tournerait sûrement au profit de l’ennemi.

— Soyez tranquille, me dit Mme d’Arci. Nous avons réfléchi à vos recommandations, et vous nous avez convaincus que, tant que Mme de Mauserre ne se doutera de rien, elle sera invulnérable ; sa confiance fait sa sûreté.

Je lui fis signe de se taire ; je venais d’entendre à l’instant dans la pièce voisine, dont la porte était entr’ouverte, un léger piétinement de souris. Je m’assurai qu’en effet Meta n’était plus au jardin.

— Dieu veuille qu’elle ne nous ait pas entendus ! dis-je à Mme d’Arci. Croyez-en mon expérience, les murs de cette auberge sont perfides.