Comme elle refusait obstinément d’écouter mes consolations, je me fâchai, je la traitai de folle, de mauvaise tête ; je lui dis un peu rudement que les choses n’en étaient pas où elle croyait, que le seul danger qui me parût sérieux était l’exagération et l’extravagance de son chagrin.
— C’est ce que nous saurons bientôt, me répliqua-t-elle en fronçant le sourcil.
— Comment ? que prétendez-vous faire ?
— M’expliquer dès ce soir avec M. de Mauserre.
Je fus sur le point d’éclater et de lui dire des sottises ; elle prenait à tâche de réaliser mes plus sinistres prévisions. — Mais, malheureuse, m’écriai-je, vous voulez donc jouer à tout perdre ?
— Je suis résolue, me répondit-elle, à voir clair dans ma situation, à savoir exactement où j’en suis. — Et avec une apparence de logique, elle ajouta : — Ou bien, comme vous le dites, il ne s’agit que d’un caprice sans conséquence, et M. de Mauserre n’hésitera pas à me le sacrifier ; ou, comme je le crains, l’affaire est plus grave, et dans ce cas pourquoi attendre ? Qu’y gagnerais-je ? Je désire connaître mon sort le plus tôt possible.
— Eh ! ne savez-vous pas, répliquai-je, qu’il suffit d’une opposition intempestive pour affermir un homme dans un caprice et le pousser à des extrémités dont il n’aurait pas abordé la pensée sans frémir ? On s’aigrit dans la discussion, on s’entête ; l’orgueil se met de la partie, et on finit par vouloir ce qu’on n’osait pas même désirer. Passe encore, madame, si vous aviez un peu de manége, un peu de diplomatie ; mais vous êtes la femme la plus maladroite que je connaisse.
Elle me répondit que je la jugeais bien, qu’aussi elle ne se piquait point d’adresse, qu’elle était à la fois trop gauche et trop fière pour se servir des petits moyens, qu’elle entendait perdre son procès ou le gagner de franc jeu. — D’ailleurs, poursuivit-elle, vous voyez bien que Mlle Holdenis, qui s’est conduite en fille honnête et en véritable amie, m’a engagée à m’expliquer au plus tôt avec M. de Mauserre.
— Je ne doute pas, lui dis-je, que Mlle Holdenis ne soit animée des meilleures intentions ; mais je doute fort qu’elle vous aime autant que moi. Daignez m’en croire, suivez mes conseils plutôt que les siens.
— Et que me conseillez-vous ?