Je me hâtai de lui couper le chemin : — En effet, dis-je d’un ton enjoué, Mlle Holdenis n’a pas seulement de l’amitié pour ses malades, elle en est jalouse et ne permet pas qu’on les approche.

Le silence régna pendant deux minutes ; il n’était interrompu que par le tic-tac de la pendule, qui me paraissait avoir la fièvre, elle aussi : son pouls était capricant, elle battait tour à tour un ou deux coups à la seconde.

— La nuit est superbe, reprit M. de Mauserre. La lune sera pleine demain, ce soir déjà elle était ronde comme un fromage.

— J’ai remarqué une chose, lui dit Mme de Mauserre. Vous sortez à cheval toutes les fois que vous êtes préoccupé ou que vous tenez conseil avec vous-même. Auriez-vous ce soir quelque souci ?

— Eh ! ma chère, quel souci voulez-vous que j’aie ?

— A quoi pensiez-vous tout à l’heure, chemin faisant ?

— A votre migraine, qui a condamné Tony à dîner seul avec moi ; le reste du temps, je n’ai pensé à rien.

— Alphonse, un homme de votre caractère pense toujours à quelque chose ou à quelqu’un.

Il la regarda d’un air étonné. — Ah ! chère madame, m’écriai-je, les hommes d’esprit sont plus bêtes que vous ne croyez, et je les tiens parfaitement capables de bayer une heure durant à la lune sans penser à rien. — Puis, allant à la fenêtre : — Il est certain que la nuit est fort belle. Êtes-vous d’humeur, monsieur, à venir fumer un cigare avec moi sur la terrasse ?

Ma proposition lui agréa, et il s’approchait de Mme de Mauserre pour lui souhaiter une bonne nuit, quand elle lui dit : — Un instant, Alphonse ; j’ai à vous parler.