— Vous êtes aussi trop exigeante, lui dis-je en riant. Otez une poupée à Lulu, vous lui permettrez de bouder durant vingt-quatre heures. En de certains moments, les plus grands hommes sont des Lulus.

— Et Dieu sait quand il reviendra !

— Il reviendra, madame, aussitôt que Mlle Holdenis ne sera plus ici.

— Ah ! Tony, j’ai bien envie de lui demander…

— Ne lui demandez rien, acceptez ce qu’il vous offre. Je vous en prie, retirez-vous dans votre appartement, et, lorsqu’il viendra vous faire ses adieux, embrassez-le tendrement sans paraître ni le blâmer, ni l’approuver. L’un serait aussi fâcheux que l’autre.

— Je ferai ce que vous me conseillez ; n’êtes-vous pas mon sauveur ? C’est vous qui l’avez déterminé à fuir le péril.

— Vous vous trompez, je ne suis pour rien dans sa décision.

— Ne soyez donc pas si réservé avec moi. Mlle Holdenis m’a instruite de tout ; convenez…

Elle n’en put dire davantage, M. de Mauserre était rentré dans le salon et nous regardait d’un œil défiant. Ce regard la déconcerta, elle perdit contenance et s’enfuit.

Il vint à moi et me dit : — Je suis fâché, Tony, de vous déranger toujours dans vos mystérieux colloques avec Mme de Mauserre ; mais j’ai une communication fort indiscrète et peu courtoise à vous faire, et vous me voyez dans un grand embarras.