Fut menacé de bastonnade,

n’aurait probablement pas manqué de nous en avertir.

Le dos de Richelet expia plus d’une fois les méchancetés qu’il avait semées à chaque page de son dictionnaire. On avouera qu’il fallait avoir bien envie de faire pièce aux gens, et bien de la bile de surcroît, pour s’aviser d’en déposer en pareil lieu, et trouver moyen d’introduire de grosses épigrammes dans les définitions et les exemples grammaticaux. Aussi ne dut-il s’en prendre qu’à lui, s’il éprouva plus d’une fois à ses dépens la vérité du proverbe populaire : « Trop parler nuit. »

Quelques vers bien connus de La Fontaine, qui, tout bonhomme qu’il fût, avait comme un autre sa petite gorgée de fiel quand on le poussait à bout, nous apprennent que Furetière s’exposa parfois aussi à pareil traitement. L’homme aux factums, l’auteur de curieuses satires et du Roman bourgeois, le collaborateur de Racine pour les Plaideurs et de Boileau pour le Chapelain décoiffé, était naturellement caustique. Un jour il avait sans pitié raillé le fabuliste de n’avoir pas su faire la différence entre le bois de grume et le bois de marmenteau, ce qui était bien pardonnable pourtant, tous mes lecteurs en conviendront. Jean La Fontaine se laissa moquer, sans mot dire ; mais, à la première occasion propice, qui ne se fit pas trop attendre, il décocha tout doucement contre le railleur sa petite épigramme :

Toi qui de tout as connaissance entière,

Écoute, ami Furetière :

Lorsque certaines gens

Pour se venger de tes dits outrageants,

Frappoient sur toi, comme sur une enclume,

Avec un bois porté sous le manteau,