[15] Voir plus loin, [page 115].
Quoi qu’en veuille dire Bussy-Rabutin, c’est le style d’un capitaine de cavalerie qui domine en cette lettre. Connaissez-vous rien de plus net et de plus tranché ? Aussi Boileau sentit-il parfaitement la force de cette logique péremptoire. Quinze jours après, voici ce que le comte de Limoges, chargé par Bussy d’aller voir le satirique, lui répondit de sa part :
« Aussitôt que j’ai eu reçu votre lettre, monsieur, j’ai été trouver Despréaux, qui m’a dit qu’il m’étoit très-obligé de l’avis que je lui donnois, qu’il étoit votre serviteur, qu’il l’avoit toujours été et qu’il le seroit toute sa vie…, que, quand vous auriez dit pis que pendre de lui, il étoit trop juste et trop honnête homme pour ne pas toujours vous fort estimer, et par conséquent pour en dire quelque chose qui pût vous déplaire. Il ajouta, en sortant, qu’il vous feroit un compliment s’il croyoit que sa lettre fût bien reçue, parce qu’il savoit bien qu’il n’y avoit point d’avances qu’il ne dût faire pour mériter l’honneur de vos bonnes grâces. »
Cette assurance que Despréaux désirait lui fut donnée sans doute, car, peu de temps après, il écrivait lui-même à Bussy-Rabutin une lettre fort aimable, à laquelle celui-ci répondit sur le même ton. Ainsi prit fin cette querelle, qui semblait d’abord pronostiquer un tout autre dénoûment[16].
[16] Voir ces lettres, Correspondance de Bussy-Rabutin, éd. Lalanne, chez Charpentier, t. II. Brossette et Viollet le Duc n’avaient pas publié la première dans leurs éditions de Boileau.
Je doute que les menaces de Pradon aient trouvé Boileau aussi docile que celles de Bussy-Rabutin :
Tu penses toujours battre, et tu seras battu.
s’écrie-t-il, dans une épître à son adresse ;
Tu déchires les morts sans respecter leur cendre,
Lorsqu’il est des vivants qui peuvent te le rendre.