Et dans ses Nouvelles remarques sur les ouvrages de son ennemi, il l’avertit charitablement de prendre garde — « qu’en voulant toujours mordre comme un chien furieux, il n’en ait aussi la destinée. »

Pinchesne ne demeura pas en reste, avec ses Éloges du satirique français, où il a écrit, en parlant des auteurs critiqués par Boileau :

Outre qu’à leur secours viennent parfois des braves

Qui, la canne à la main, pourraient bien réprimer

Sa trop grande fureur de mordre et de rimer.

Le prince de Conti fit courir des risques plus sérieux au législateur du Parnasse et à son ami Racine, à la suite de la représentation de Phèdre. Ils avaient eu l’audace (si ce n’est pas le chevalier de Nantouillet, comme ils le prétendirent) de répondre vertement à un sonnet fait contre la pièce par le prince et par madame Deshoulières, protecteurs de Pradon : il faut convenir que cela méritait châtiment. Par bonheur, Condé les prit sous sa protection, et déclara que s’attaquer à eux, c’était s’attaquer à lui-même. Néanmoins, à en croire le P. Sanlecque, cette intervention n’aurait pas entièrement sauvé Despréaux, car le célèbre chanoine, dont l’autorité est un peu suspecte, il est vrai, quand il s’agit de notre poëte, a fait à l’occasion de cette querelle certain sonnet qui commence ainsi :

Dans un coin de Paris, Boileau, tremblant et blême

Fut hier bien frotté, quoiqu’il n’en dise rien.

En tout cas, il en avait été formellement et publiquement menacé par un autre sonnet (nous n’en sortirons pas) de M. de Nemours, en réponse au sien, et roulant toujours sur les mêmes rimes. Ce fougueux morceau finissait ainsi :

Vous en serez punis, satiriques ingrats,