Non pas, en trahison, d’un sou de mort aux rats,

Mais de coups de bâton donnés en plein théâtre.

On peut voir dans l’Esprit des autres, de M. Édouard Fournier[17], et dans une note de Brossette sur la première satire, comment le poëte faillit encore s’attirer une grosse affaire avec son vers fameux :

J’appelle un chat un chat, et Rolet un fripon,

et comment cent coups de bâton lui furent expédiés par la poste, en attendant mieux, par un hôtelier blaisois, qui portait le nom de Rolet, et qui se crut directement insulté par Boileau.

[17] 3e édit., p. 180.

Du reste, voulez-vous savoir quel était le sort inévitable réservé, en cet âge d’or de la poésie, aux écrivains satiriques, lisez le petit roman allégorique que nous a laissé Ch. Sorel, sous ce titre singulier : Description de l’isle de Portraiture ; vous y verrez de quelle sorte étaient fustigés les auteurs qui se chargeaient de peindre les vices et les ridicules d’autrui, si bien que leurs corps n’offraient plus qu’un pitoyable composé de plaies et de bosses. L’Histoire comique de Francion, qui est, au moins dans certaines parties, un roman de mœurs et d’observation réaliste, où le même a voulu étudier et reproduire la société du jour, témoigne aussi, en plus d’un endroit, de cette tendance à rouer familièrement un poëte de coups de bâton[18].

[18] Par exemple, l. VI et l. VII (éd. Delahays), où l’on voit le poëte Musidor fustigé jusqu’au sang par des laquais joviaux. Or le nom de Musidor est un masque qui recouvre le portrait de Porchères-l’Augier, de l’Académie. Au l. VI, le musicien Mélibée (Boisrobert) est également bâtonné par le fou Collinet.

Écoutez encore l’abbé Cotin, qui avait bien ses petites raisons pour en vouloir à Boileau. Leur destin, écrit-il en parlant des satiriques, est :

De vivre le coude percé,