Mais un bâton te fera taire
Ou parler sur un autre ton.
Gacon reconnaît la valeur de cette apostrophe, et il répond avec une soumission plaisante :
Eh bien, vous le voulez, je vais changer de ton :
L’opéra de La Motte est une pièce exquise.
J’aime mieux dire une sottise
Que d’avoir des coups de bâton.
Comment, après tout cela, serait-on disposé à trouver par trop bizarre cette singulière pièce d’un recueil non moins singulier : le Missodrie (de μισος et de δρυς, dans les Jeux de l’inconnu), où nous lisons l’instructive histoire d’un poëte satirique et mauvaise langue, tellement battu, tellement roué de coups, qu’il en est venu à haïr toute image du bâton et à fuir, jusque dans sa maison et dans ses meubles, ce qui pourrait lui rappeler, de près ou de loin, ce bois odieux dont il a été si souvent la victime ?
Les artistes non plus, et entre tous les artistes les musiciens, n’eurent pas grand’chose à envier aux littérateurs. Il est vrai que c’étaient, pour la plupart, d’étranges personnages, qui n’avaient point une idée fort élevée de l’art, et dont le genre de vie, à défaut de la profession, était peu propre à leur concilier le respect. Maugars, l’excellent joueur de viole, et le chanteur Lambert, qu’on se disputait partout, qui promettait à tout le monde et ne tenait parole à personne, eurent maintes fois des démêlés avec le tricot : les Historiettes de Tallemant nous en apprennent quelque chose. Il est très-probable, bien que le fait ne soit établi par aucun document positif, à ma connaissance, qu’il en fut de même pour Lully, dont le cynisme égalait, ou plutôt dépassait de beaucoup le talent.