Le ton du libelle, le rôle qu’il faisait jouer à Javersac dans la querelle, le soin qu’il prenait de faire retomber l’exécution de l’acte sur le parti de dom Goulu, tout, jusqu’à cet empressement extraordinaire de publier la mésaventure de ce petit auteur inconnu, en a fait attribuer la composition à Balzac lui-même, quoiqu’il s’en soit toujours défendu. Il paraît à peu près certain que l’ouvrage est de lui. Ce serait là une vengeance après coup, encore plus cruelle que la première, et de ces deux actes de mauvais goût, l’un ne ferait certes pas plus honneur que l’autre à sa mémoire. Je l’aime mieux lorsque, sur son lit de mort, il fait prier M. de Javersac, par un de ses amis, de venir le voir, et scelle de ses embrassements et de ses larmes sa réconciliation avec lui[24].

[24] Moriscet, Relat. de la mort de Balzac, à la suite de ses œuvres.

A quelques années de là, nous rencontrons Ménage en démêlé avec Bussy-Rabutin, démêlé non d’homme de lettres à grand seigneur, mais d’écrivain à écrivain. Celui-ci, dans son Histoire amoureuse des Gaules, avait plaisanté sur la passion platonique du savant homme pour madame de Sévigné. Ménage, piqué au vif, tailla sa meilleure plume, la trempa dans sa meilleure encre, et, par une réminiscence de ces agréables discussions du seizième siècle où les érudits échangeaient, dans la langue de Cicéron, de si agréables injures, se mit à composer et à polir, ab irato, une épigramme latine qui, faisant allusion au livre de Bussy et à son emprisonnement, concluait par ce foudroyant distique :

Sic nebulo, gladiis quos formidabat Iberis ;

Quos meruit, Francis fustibus eripitur.

« Ainsi ce drôle est enlevé aux coups d’épée espagnols, qu’il craignait ; aux coups de bâton français, qu’il a mérités. »

Un homme capable de faire sonner de la sorte le bâton dans ses vers ne devait pas reculer devant la réalité. Aussi voulut-il un jour user lui-même de cette arme sur le dos d’un intendant : il est vrai que celui-ci lui avait donné un soufflet ; mais, si c’était une raison suffisante pour autoriser le bâton, en était-ce une pour se vanter de pouvoir le faire assassiner, en payant un spadassin cent pistoles ? Tallemant nous a raconté cette bravade, mais nous aimons à croire, ou que Tallemant a exagéré, ou que Ménage, qui n’avait pas eu le temps de digérer sa colère en l’exprimant en latin, se repentit bien vite de cette boutade inconsidérée ; ou enfin que le mot assassiner avait, dans la bouche du docte personnage, la signification particulière que nous lui avons déjà vue tout à l’heure dans une lettre de Malherbe, ce qui serait encore fort joli. Pourtant, il n’est guère possible d’admettre ici cette dernière explication, car il avait commencé par supplier le cardinal de Retz de lui permettre, en un billet signé de sa main, de donner cent coups de bâton à son intendant, et ce ne fut qu’au refus du maître que, dans sa fureur, il s’emporta jusqu’à l’autre menace.

Ménage s’était borné aux paroles, sans mettre réellement, que nous sachions, la main à l’œuvre : il obtint en retour mesure pour mesure. Lorsque, dans sa Requête des Dictionnaires (1649), qui lui ferma les portes de l’Académie, il eut médit de Boisrobert,

Cet admirable Patelin

Aimant le genre masculin,