Puisque nous tenons Roy, nous ne l’abandonnerons pas sans parler de ses autres accidents : « Son esprit satirique l’avait rendu odieux, dit encore Favart, à la même page de son journal. Tout le monde se souvient de son Coche, petite pièce de vers allégoriques qu’il fit contre l’Académie. Cette imprudence l’empêcha d’y être reçu. Le roi l’honora du cordon de Saint-Michel ; il en était si glorieux, qu’il allait dans toutes les promenades pour le montrer à tous ceux qu’il rencontrait : « Messieurs, messieurs, disait-il, voici le cordon de Saint-Michel ; c’est la critique de l’Académie. Voici le cordon. » Quelqu’un lui répondit flegmatiquement un jour : « Monsieur Roy, ce n’est pas encore ce que vous méritez. »
Une autre fois, on lui demandait, à l’Opéra, s’il ne donnerait pas bientôt un nouvel ouvrage : « Oui, répondit-il, je travaille au ballet de l’Année galante. — Un balai, monsieur Roy, s’écria une voix derrière lui ; prenez garde au manche ! »
Le Mahomet de Voltaire fit naître une violente contestation entre Roy et le tout petit abbé Chauvelin, un des plus intrépides partisans de l’auteur. Poussé à bout, l’abbé eut recours à l’argument ordinaire contre son antagoniste. « Si je ne portais un rabat, dit-il, je vous assommerais de coups de bâton. — Monsieur l’abbé, répondit Roy en toisant les trois pieds de haut du belliqueux ragotin, vous voudriez donc me casser la cheville du pied ? » Ainsi l’abbé pouvait lui donner des coups de bâton, il ne le niait pas ; il lui suffisait de savoir et de dire que ces coups n’arriveraient jamais jusqu’à ses épaules.
Il récolta pis que des menaces : nous l’avons déjà vu, nous allons le voir encore. Cette fois, il est vrai, ce fut de la part d’un homme de qualité, d’un prince du sang ; mais ce prince du sang était devenu son confrère par son entrée à l’Académie, et c’est ce qui nous permet de raconter ici cette anecdote, sans trop empiéter sur les droits du chapitre suivant. En 1754, le comte de Clermont, fameux surtout par son ineptie et par le sérail qu’il s’était formé à Paris, témoigna le désir d’être admis dans le docte corps, je ne sais au juste pour laquelle de ces deux raisons. On s’empressa naturellement de l’élire. La verve des plaisants s’alluma, et Roy, qui n’était jamais en arrière dès qu’il s’agissait d’épigramme, en lança une des plus cruelles contre le nouveau récipiendaire :
Trente-neuf joints à zéro,
Si j’entends bien mon numéro,
N’ont jamais pu faire quarante,
D’où je conclus, troupe savante,
Qu’ayant à vos côtés admis
Clermont, cette masse pesante,