Et bien, nous t’armons chevalier[47].
[47] Id., p. 208, 21 octobre 1775.
On rit beaucoup pendant quelques jours de cette facétie, que chacun compléta à sa guise. On ne manqua pas de raconter, par exemple, que Saint-Ange avait couru, armé en guerre, chez la Harpe, afin de lui demander comment il fallait s’y prendre pour se battre, et que celui-ci, lui avait majestueusement répondu : « Mon ami, Blin de Sainmore vous dira la façon dont on soutient de semblables affaires. »
Je ne sais si Blin de Sainmore instruisit Saint-Ange, mais celui-ci n’aurait guère profité de ses leçons, car, plus tard, Grimod de la Reynière l’étrilla de la plus rude manière, dans un mémoire écrit sous le nom de Duchosal, et lui donna autant de croquignoles et de coups de bâton qu’il s’en peut donner sur le papier.
Passons à une autre de ses aventures. On lit dans la Chronique scandaleuse : « M. de S… (Saint-Ange), jeune poëte chargé du choix et de l’arrangement des pièces fugitives dans le Mercure, s’est avisé d’y insérer une épigramme sanglante contre un avocat. Ensuite il a eu l’imprudence de s’en avouer l’auteur au café de l’ancienne Comédie-Française. L’avocat, qui l’apprend, arrive un soir à ce café, y trouve son homme, et l’interpelle de déclarer s’il est en effet l’auteur de l’épigramme. Le poëte l’avoue ; l’avocat veut le faire sortir pour en avoir raison ; le poëte refuse et veut persifler l’avocat : celui-ci lui détache un soufflet des mieux appliqués. M. de S… sort tout confus, et en marmottant, dit-on, avec la candeur du nom qu’il porte : « Heureusement qu’il ne m’a pas fait de mal. » L’aventure était trop publique pour rester ignorée. Le petit poëte, se trouvant, quelques jours après, au Musée de la rue Dauphine, eut une querelle avec le président. Celui-ci lui reprocha l’affront qu’il avait reçu. M. de S…, voyant qu’il n’avait pour adversaire qu’un pauvre abbé paralytique, s’avise de montrer du courage, lève sa canne, le président sa béquille, et l’on vit commencer un combat assez bizarre entre ces deux champions. On les sépara ; la garde vint, et le petit poëte, chassé, jura d’en tirer vengeance dans le prochain Mercure. »
Il ne faisait pas bon être critique alors, — encore moins qu’aujourd’hui. Tous les Aristarques n’avaient pas l’impertinent aplomb de ce Morande, qui, dans ses Mélanges confus sur des matières fort claires, turlupinant le chevalier de Mouhy, d’Arnaud-Baculard et l’abbé de la Porte, les priait en note de vouloir bien venir recevoir l’un après l’autre les croquignoles qu’il leur destinait, en cas qu’ils eussent de l’humeur.
L’abbé Sabathier publiait-il ses Trois Siècles, un infime auteur, d’Aquin, maltraité par le biographe, lui décochait ce quatrain :
Mons Sabathier, ta sotte paperasse
Pour quelques mois te donnera du pain :
L’ami, je vois, à ta burlesque audace,