Que tu crains moins le bâton que la faim[48].

[48] Les Mémoires secrets insinuent (XXX, p. 317) qu’il reçut réellement des coups de bâton ; mais, comme ils ne le disent qu’en passant et d’une manière vague, sans aucun fait précis à l’appui, il est permis de n’en pas tenir compte.

M. Framery, musicien homme de lettres, ou homme de lettres musicien, déclarait-il, dans un journal, que Noverre n’était pas un aussi grand homme qu’on pouvait le croire, celui-ci s’emportait contre lui dans un cercle, jusqu’à le menacer d’une correction dont il se souviendrait toujours ; et sur l’observation du critique : « Mais, monsieur, vous me parlez comme pourrait faire un maréchal de France. — Si j’étais maréchal, ripostait le bouillant chorégraphe avec un geste expressif, je sais bien à quoi me servirait mon bâton[49]. »

[49] Mémoir. secr., VI, 311. Corresp. secrète, III, 430.

Rousseau écrivait-il à Saint-Lambert, pour le régenter sur sa liaison avec madame d’Houdetot, après avoir tâché de la lui ravir : « On ne répond à cette lettre que par des coups de bâton », disait l’auteur des Saisons à son ami Diderot.

La Harpe lui-même, en dépit de la philosophie stoïque dont il faisait parade, bien aise sans doute de se dédommager quelque peu, dans la mesure de ses forces, de tous les affronts semblables qu’il avait reçus, envoyait à Dussieux, l’un des rédacteurs du Journal de Paris, une lettre d’injures, où il finissait par lui promettre des coups de bâton, pour avoir traité irrévérencieusement une de ses tragédies. Mais cette tentative ne fut pas heureuse : Dussieux porta plainte au criminel, et, sur l’intervention de l’Académie, la Harpe se vit contraint de faire des excuses à son critique, triste dénoûment après un si beau début.

Lebrun, qui, depuis, fut Lebrun-Pindare, mécontent d’un jugement de Fréron sur son compte, allait déposer chez lui une carte de visite conçue en ces termes expressifs : « M. Lebrun a eu l’honneur de passer chez M. Fréron, pour lui donner quelque chose[50]. »

[50] Journal de Collé, t. III, mars 1763.

Nous aurions trop à faire si nous voulions énumérer en détail toutes les mésaventures du même genre dont fut victime Poinsinet le jeune,

Ayant partout l’affront d’être sifflé,