Bautru fut aussi étrillé comme il faut par les soins du duc d’Épernon, dont il avait raillé la fuite clandestine de la ville de Metz. A quelques jours de là, un des satellites qui l’avaient frappé, passant près de lui, se mit à contrefaire les cris qu’il poussait pendant l’exécution : « Vraiment, dit Bautru sans sourciller, voilà un bon écho, il répète longtemps après. » Un peu plus tard, la reine, l’apercevant un bâton à la main, lui demanda s’il avait la goutte ; il répondit que non : « Voyez-vous, dit alors le prince de Guéménée, il porte le bâton comme saint Laurent porte son gril : c’est la marque de son martyre[11]. »

[11] Tallemant, Historiette de Bautru. Une fois pour toutes, nous avertissons que Tallemant des Réaux est le grand répertoire où nous avons puisé pour le dix-septième siècle, et c’est à lui que nous renvoyons le lecteur pour la plupart des cas où la source ne se trouvera point indiquée.

Le marquis de Borbonne se chargea encore, en une autre circonstance, de corriger Bautru. Le drôle en faisait des vaudevilles et des bons mots. Quant au vaudeville, il ne vaut pas grand’chose.

Borbonne

Ne bat personne ;

Cependant il me bâtonne, etc.

Voici le bon mot, qui ne vaut guère mieux. Comme, lors de sa première apparition au Louvre après sa mésaventure, personne ne savait que lui dire : « Eh quoi ! s’écria-t-il, croit-on que je sois devenu sauvage pour avoir passé par les bois ? »

Je préfère la boutade de Chapelle, que je trouve à la fois plus spirituelle et plus digne, en une conjoncture analogue. Le malin garnement avait fait à la sourdine une épigramme contre un marquis, lequel se doutait bien, mais sans en être absolument sûr, du nom de l’auteur. Aussi, se trouvant un jour en sa présence, il se mit à s’emporter contre l’audacieux poëte, sans le nommer, l’accablant de menaces terribles et jurant de le faire mourir sous les coups. Chapelle, impatienté des fanfaronnades du fat, se lève, s’approche, et, lui tendant le dos : « Eh ! morbleu, s’écrie-t-il, si tu as tant d’envie de donner des coups de bâton, donne-les tout de suite et t’en va. »

Boisrobert, le bouffon de Richelieu, fut exposé plus d’une fois au même traitement que Bautru, le bouffon d’Anne d’Autriche. Tant que Richelieu vécut, la crainte de l’offenser protégea son favori. Le cardinal, en bon maître, prit même son parti contre Servien, le secrétaire d’État, qui, piqué d’un propos tenu par le caustique abbé, s’était emporté à lui dire : « Écoutez, monsieur de Boisrobert, on vous appelle Le Bois, mais on vous en fera tâter. » Malheureusement, après la mort de Richelieu, il n’en fut plus de même, et rien qu’à Rouen Boisrobert fut gourmé deux fois : la première, par un chanoine son collègue, et la deuxième, à la Comédie.

Il se rendait justice, d’ailleurs, et s’étonnait de n’être pas battu plus souvent, se plaignant qu’on le gâtât : « Ce n’est qu’un coquin, disait-il du secrétaire d’État La Vrillière, contre qui il avait fait une satire ; il eût dû me faire assommer de coups de bâton. » Il est impossible de se prêter de meilleure grâce aux épreuves, et comment épargner, quand même on l’eût voulu, des gens de si bonne composition ?