MÉRIMÉE: GÉRARD DE NERVAL
Les Monténégrins. Chant monténégrin.
Napoléon a dit: «Quels sont ces hommes C'est l'empereur Napoléon, qui osent me résister? Je veux qu'ils Un nouveau César, nous dit-on, viennent jeter à mes pieds leurs fusils Qui rassembla ses capitaines: et leurs ataghans ornés de nielles.» —Allez là-bas Soudain il a envoyé à la montagne vingt Jusqu'à ces montagnes hautaines mille soldats. N'hésitez pas!
Il y a des dragons, des fantassins, des Là sont des hommes indomptables, canons et des mortiers. «Venez à la Au cœur de fer, montagne, vous y verrez cinq cents Des rochers noirs et redoutables braves Monténégrins. Pour leurs canons, Comme les abords de l'enfer. il y a des précipices; pour leurs dragons, des rochers, et pour leurs Ils ont amené des canons fantassins, cinq cents bons fusils.» Et des houzards et des dragons. —Vous marchez tous, ô capitaines! Alors a dit leur capitaine: «Que chaque Vers le trépas; homme ajuste son fusil, que chaque Contemplez ces roches hautaines, homme tue un Monténégrin…» N'avancez pas!
«Écoutez l’écho de nos fusils, a dit le Car la montagne a des abîmes capitaine.» Mais avant qu’il se fût Pour vos canons; retourné, il est tombé mort et Les rocs détachés de leurs cimes vingt-cinq hommes avec lui. Les autres Iront broyer vos escadrons. ont pris la fuite, et jamais de leur vie ils n’osèrent regarder un bonnet Monténégro, Dieu te protège, rouge… Et tu seras libre à jamais, Comme la neige De tes sommets![778]
Ainsi le peu de «couleur» qu’il semble y avoir dans le livret de cet opéra est dû à la Guzla. Comme tout imitateur, l’auteur est allé à ce qu’il y avait de plus gros dans le livre de Mérimée; il a exagéré, pour produire plus d’effet, tout ce qu’aurait dû suspecter un lecteur avisé. Ce sont les histoires de vampires que le «doux Gérard» a empruntées de préférence à la Guzla; l’idée de ces montagnards quelque peu fanfarons, de ce barde chef de parti et guerrier redoutable.
De nos jours l’influence du recueil de Mérimée a continué de se faire sentir dans le même sens, et c’est toujours ce qu’il y a peut-être de plus contraire à l’esprit du peuple serbe qu’on a été tenté de croire le plus authentique. Dans son beau drame Pour la Couronne, François Coppée a imaginé un certain Ibrahim-Effendi, agent secret du sultan Mohammed II, qui voyage sous le déguisement d’un joueur de guzla serbe, et pour la circonstance porte le nom de Benko. Il se présente à la cour de Balkanie:
MICHEL.
Qui donc à mes genoux courbe si bas la tête?
Quel est cet étranger?