J'ai l'honneur d'être, avec estime,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

W. GERHARD[805].

Sans doute, il obtint ces feuilles avant d'avoir «perdu le goût et J'envie» de les traduire, car quatre mois après l'apparition de la Guzla, le livre de M. Gerhard était prêt[806]; il parut à la fin de l'année 1827[807] sous le titre de Wila, serbische Volkslieder und Heldenmãrchen, deux gros volumes in-8º, formant la troisième et quatrième partie des Poésies de M. W. Gerhard[808].

Aux pages 89-188 du second volume sont traduites les ballades de la Guzla, excepté la dernière, la seule authentique, la Triste ballade de la noble épouse d'Asan-Aga. Dans la préface, le traducteur motivait cette absence: «Comment oserais-je, dit-il, venir après un tel Maître que Goethe et traduire de nouveau en allemand ce chant divin[809]!»

En traduisant avec Miloutinovitch les véritables chants serbes, Gerhard s'était assimilé une foule d'expressions: des épithètes homériques, des répétitions fréquentes, enfin, certains autres procédés de l'improvisateur serbe. Il avait appris chez les traducteurs qui l'avaient précédé, particulièrement chez Mlle von Jakob, à manier «le vers de l'original», c'est-à-dire l'octosyllabe des courtes pièces lyriques et surtout le mètre des piesmas héroïques, décasyllabe sans rime composé de cinq trochées, divisé par une césure après le deuxième trochée ou quatrième pied. Donc, s'il ignorait, le malheureux, bien des choses sur la poésie serbe, il avait, naturellement, droit de se croire expert en «rythmes serbiens» et pouvait penser se connaître aux signes extérieurs de cette poésie, qui font complètement défaut dans la prose de Mérimée. Du reste, c'est ce qu'il nous dit dans sa modeste préface[810].

Ainsi, il ne s'est pas vanté dans sa traduction d'avoir «découvert le mètre original sous la prose française», comme le veut Mérimée et comme on ne le répète que trop. Il a simplement fait bénéficier les poèmes du recueil de la pratique qu'il avait acquise en traduisant les véritables chants serbes. On pourra le voir dans cette ballade, dont nous avons déjà cité l'original.

DIE TAPFERN HAJDUKEN.

Tief in einer Hõhl' auf spitzen Kieseln
Liegt der tapfre Rãuber Kristitsch Mladen,
An des Rãubers Kristitsch Mladen Seite
Seine Frau, die schõne Katherine,
Ihm zu Füssen beyde wackre Sõhne.
Schon drey Tage sind sie in der Hõhle,
Haben schon drey Tage nichts gegessen;
Denn es hüten draussen ihre Feinde,
Alle Pässe rings im Waldgebirge,
Und wenn sie das Haupt erheben wollen,
Sind auf sie gerichtet hundert Flinten.
Schwarz sind ihre Zungen und gesohwollen
Von dem Durste, den sie leiden müssen,
Denn sie haben nichts als faules Wasser,
Das in einem Felsenloch sich sammelt.
Dennoch waget Keiner eine Klage,
Fürchtend Kristitsch Mladen zu missfallen.

Als drey Tage hingeschwunden waren,
Rief voll Schmerz die schöne Katherine:
«Eurer mag die Jungfrau sich erbarmen,
Und euch an verhassten Feinden rächen!»
Tief aufseufzend ist sie drauf verschieden.