Oï snachitzé, remmena roujitzé!
[Belle-sœur, rose vermeille!]

Brudersweibchen, süsses schönes Täubchen!

Bowring traduisit littéralement:

Brothers wife! thou sweet and lovely dovelet[874]!

Croyant que Mlle von Jakob ne comprenait pas l'anglais, il voulut lui adresser un exemplaire de son livre, mais lorsqu'il eut appris qu'elle le savait aussi bien que sa langue maternelle, il attendit que les critiques eussent dit leur mot au sujet de la Servian Popular Poetry et n'envoya le livre qu'une année plus tard[875]. Il ne fut pas peu surpris de lire un jour la vérité dans l'ouvrage bien connu de Mlle Jakob: Historical View of the Slavic Languages and Literature (New-York, 1850).

M. Bowring était un amateur d'autographes et, comme la plupart des Anglais, entretenait une correspondance énorme. Il accablait de ses lettres tous les grands hommes du jour. «Les injures anonymes et signées pleuvent de tous côtés, écrivait Lamennais, dans une lettre à une de ses amies, au lendemain de la publication de l'Essai sur l'indifférence. Il m'en vient jusque d'Angleterre. Un nommé Bourring prend la liberté de m'adresser un petit pamphlet où, d'un bout à l'autre, il me représente comme une espèce de monstre, moitié âne et moitié tigre; ce qui ne l'empêche pas, chose plaisante, de finir son billet d'envoi en assurant qu'il respecte comme il doit respecter les talents, le zèle et le cœur de Monsieur l'Abbé. Que dites-vous de ce brave homme et de cette politesse anglaise[875]?»

Ce «nommé Bourring» qui irritait tant l'auteur des Paroles d'un croyant, n'était autre que l'aimable traducteur de l'anthologie russe. On a de lui en effet une petite brochure, celle dont parle Lamennais: Ultra-Catholicism in France, in a Letter to the Editor of «The Monthly Repository» (Hackney, s. d., 8 pp. in-8º)[876].

Bowring était entré en relations avec plusieurs philologues slaves distingués: Dobrowsky, Kopitar, Hanka, Karadjitch. Mais dès qu'il eut publié quelques articles en anglais, on comprit qu'il n'était pas aussi savant qu'on l'eût imaginé. Le 26 juillet 1828, Kopitar écrivait à Hanka: «Bowring non solum me ridiculum fecit, et compromisit, ac si quid fecissem pro re slavica, imo plus Dobrovio fecissem—woran kein wahres Wort ist, sed et vos omnes, utpote de nemeis querentes, praesertim vero Kollarium, quem dicit non fuisse intellectum a censore Budensi. In Ungarn kann alles in integrum restituirt, und Kollar für das kleine Vergnügen des Bowringschen Compliments blutig büssen. «Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami. Mieux vaudrait un sage ennemi», sagte schon der alte La Fontaine. Ich habe den Bowring und seine Commissionen an Dr. Rumy cedirt, ne invitus noceam amicis et bonae causae[877].»

John Bowring était assez connu à Paris. Le Moniteur annonçait son arrivée[878]. David d'Angers a fait de lui un médaillon qu'on peut voir aujourd'hui au Musée du Louvre.

Il est probable que Mérimée l'avait rencontré quelque part après la lettre dont nous avons parlé (1827) et la nouvelle édition de la Guzla (1842). Ses amis Sutton Sharpe et Edward Ellice le connaissaient[879]. Lui-même, plus tard, en 1860, dans une lettre à Panizzi, parle de sir John Bowring comme d'un homme qu'il connaît personnellement[880].