Puis le critique continuait: «Presque toutes les compositions attribuées dans ce volume à Maglanovich, y compris les effusions improvisées de sa Muse, sont particulièrement remarquables. Élevé au milieu de ces scènes de la nature si propres à exalter un tempérament poétique, il n'eût pas été surprenant de voir le barde illyrien abandonner son imagination à d'innocentes rêveries méditatives. Mais ce maître de la guzla a des dispositions plus pratiques. Ses poèmes visent à l'effet direct: hardiesse de pensée, énergie d'expression: telles sont leurs caractéristiques. Ils chantent la vengeance triomphante et la bravoure hardie. Parfois aussi ils sont d'une légèreté d'expression, avec laquelle les plus puissantes émotions de la passion ne sont pas incompatibles. Peut être, le lecteur voudra-t-il trouver dans les deux chants suivants un exemple des remarques précédentes. Le premier fut improvisé par Maglanovich sur les funérailles d'un parent, un brigand, qui trouva la mort dans une rencontre avec la police.»

Suit une traduction en prose du Chant de Mort et des Braves Heyduques, cette dernière pièce, de l'avis du critique anglais, est «d'un caractère plus puissant». «Les effets d'un pareil lyrisme sur les foules sauvages auxquelles ces chants étaient adressés, accrus surtout par le charme personnel du ménétrier, sont incalculables.» Et il poursuivait: «Après avoir, par des exemples, permis au lecteur d'apprécier le génie de Maglanovich, nous choisissons dans les autres parties du volume une ou deux pièces qui, bien que différentes par leur caractère de celles déjà données, sont encore, par leur perfection, dignes de figurer parmi les meilleures productions du barde illyrien. La ballade suivante fut tirée d'un chant de Narenta; on la dit très populaire dans le Monténégro.» C'était: Hadagny, dont il rendit en anglais la première partie, tandis qu'il analysait la seconde; puis venait la Barcarolle qu'il traduisit en vers «parce que la prose se transformait ainsi d'elle-même». Nous citerons cette traduction qui est assez heureusement tournée:

I

Pisombo, Pisombo! the waters, to-night,
So tranquilly sleep in the moon's soft light!
Pisombo, Pisombo! no longer the gale
Comes rudely to swell out our flapping sail.

II

Pisombo, Pisombo! from each manly oar
Now dash the white foam, that Ragusa's shore
Pisombo, Pisombo! ere the night be past,
In safety may welcome our lonely mast.

III

Pisombo, Pisombo! now over the deep,
A vigilant watch through the night we'll keep;
Pisombo, Pisombo! for on the still sea,
With sabres and guns roves the pirate free.

IV

Pisombo, Pisombo! a chapel is near,
'Tis holy St. Stephen's.—Now, good Saint, hear!
Pisombo, Pisombo! as wearied we pray,
For favouring breezes to speed our way.