Gloire à Dieu et à la mère de Dieu, qui sont toujours en aide aux
justes[569].

Ce n'est pas la seule piesma qui célèbre la guerre contre les
Français. Il s'en trouve plusieurs autres dans les recueils serbes. De
nos jours même, les guzlars bosniaques chantent la chute du «roi
Napéléon Bonéparta[570]».

Ainsi Mérimée ne s'est-il pas trompé en choisissant pour sujet d'une de ses ballades, les Monténégrins, une bataille imaginaire entre les Français et les fils du Rocher Noir[571].

Des montagnards ont osé s'opposer à l'Empereur tout-puissant. Napoléon a dit: «Je veux» et vingt mille hommes sont partis pour les châtier. Ils n'ont pu résister à la bravoure de cinq cents héros de la liberté. Devant une poignée d'hommes, des milliers d'autres se sont enfuis.

«Écoutez l'écho de nos fusils», a dit le capitaine. Mais avant qu'il se fût retourné, il est tombé mort et vingt-cinq hommes avec lui. Les autres ont pris la fuite.

Vraiment, le poète serbe est plus obligeant pour Napoléon et les soldats français que ne l'est ici Mérimée; jamais il ne leur a dénié ni la valeur ni le courage, et la mort du brave faucon Campagnol est assurément plus héroïque que celle de l'anonyme capitaine de l'auteur de la Guzla.

Quant à la forme, Mérimée n'a jamais été plus concis et plus sec que dans cette courte ballade des Monténégrins. Ce n'est pas là la candeur, ni la prolixité du chanteur populaire qui vibre d'enthousiasme au souvenir des grands coups qui furent jadis donnés; qui revoit en imagination tous ces exploits merveilleux, les enjolive et pour leur donner plus l'apparence de la vérité précise les détails et s'y arrête avec complaisance[572]. La verve imaginative de Mérimée est d'un tout autre genre: de phase en phase il nous mène en courant à la fin du combat; et si les Monténégrins devaient nous faire songer à quelque chose, ce serait plus à l'Enlèvement de la redoute qu'à la poésie primitive.

§ 6

«HADAGNY»

Il est dans la Guzla une autre pièce qui traite de la vie des
Monténégrins: Hadagny[573].