—Ah! ah! tu as donc retrouvé ta langue cette fois.

—Rendez-moi mes tartelettes; c'est pour mes petits frères, ma marraine l'a dit.

—Ça m'est bien égal, dit un des petits drôles: ça ne m'empêchera pas de les manger.

—Ni moi non plus, ajouta le plus petit; je me moque pas mal de ta marraine, de tes frères et de toi.»

Pierrette, bien désolée de n'avoir plus ses tablettes, continua son chemin en tournant la tête de temps en temps pour voir ce qu'elles deviendraient.

Les méchants enfants ne tardèrent pas à se disputer, car chacun voulait avoir une tartelette; et comme il n'y en avait que trois et qu'ils étaient quatre, cela n'était pas possible; ils se les arrachèrent et les eurent bientôt mises en miettes; puis ils finirent par se jeter des pierres; l'un d'eux fut blessé au front. Quand Pierrette vit le sang du vilain enfant couler, elle ne pensa plus à ses tartelettes et elle plaignit le pauvre blessé; puis elle comprit combien sa mère avait raison en lui disant que les méchants ne s'accordent jamais entre eux.

LA PETITE CURIEUSE.

Marie était une bonne petite fille. Elle aimait bien sa maman, pauvre veuve qui n'avait qu'elle pour consolation. Elle était charitable et travailleuse, et eût été parfaite sans un vilain défaut qui la faisait détester de tout le voisinage: elle était si curieuse, qu'elle s'arrangeait toujours de façon à savoir tout ce qui se faisait ou se disait autour d'elle.

Sa mère, étant couturière, recevait souvent chez elle des dames qui venaient pour essayer leurs robes; comme elles ne voulaient pas se déshabiller devant l'enfant, on la renvoyait dans la chambre voisine, ce qui n'arrangeait pas Marie. Aussi la petite curieuse mettait l'oreille à la porte pour tâcher d'entendre ce que l'on disait.