Enfin cette crise se calma. Quand Mme Savigny fut revenue à elle, sa première pensée fut pour Estelle qui était déjà auprès de son lit; et elles ne se lassaient point de s'embrasser l'une et l'autre.

«O maman! dit Estelle en l'embrassant encore, que tout soit oublié, je vous en prie! Vous pouvez être certaine que je ne bouderai plus jamais; je vous le promets! j'ai bien eu trop de chagrin de vous voir si inquiète et si malade! Cela m'a fait comprendre combien j'étais coupable de ne pas vouloir me corriger.»

La soeur d'Estelle l'emmena dans la chambre qui leur était commune, et lui présentant son nécessaire, elle lui dit:

«Prends-le, ma chère Estelle, prends-le puisqu'il te fait tant de plaisir! Mon parrain en dira ce qu'il voudra; mais je ne veux plus que tu aies un si grand chagrin.

—Non, ma soeur! garde ton nécessaire. Tu avais raison de dire que tu manquerais à ton parrain en me donnant le cadeau qu'il t'a fait. J'ai pensé à bien des choses, va! pendant que j'étais cachée derrière les rideaux de maman qui souffrait tant à cause de moi! et je vous trouve tous bien bons de m'aimer encore. Chaque fois que je verrai cette jolie petite boîte, je songerai à ce qui est arrivé hier, et cela me fera passer l'envie de bouder si elle me reprenait encore.»

LE PETIT VOLEUR.

Longuet était un petit épicier que tout le monde estimait à cause de sa probité. On savait qu'il n'avait jamais trompé personne; et quand les pauvres ouvrières qui n'ont pas le temps de faire leurs commissions elles-mêmes envoyaient leurs petits enfants chez Longuet, il leur faisait toujours bon poids, et leur donnait quelque amande ou quelque pruneau pour leur faire plaisir.

Jules, fils unique de cet honnête homme, était un enfant très-intelligent et surtout très-rusé; mais il annonça dès son enfance un penchant pour le vol. Il avait à peine cinq ans que, tout en montant sur les genoux de son père pour l'embrasser, il mettait adroitement sa petite main dans la poche du gilet et y prenait quelques menues monnaies. L'épicier s'apercevait bien de ce petit larcin; mais il en riait avec sa femme: et l'enfant, heureux du succès de sa ruse, allait chez le confiseur acheter des bonbons.

Mme Longuet avait avec elle une de ses soeurs, pauvre fille contrefaite et de mauvaise santé qu'on appelait tante Monique, et que tout le monde aimait à cause de sa grande douceur. Tante Monique n'approuvait point l'indulgence dont on usait envers Jules, disant que ces gentillesses-là tourneraient à mal. Mais Longuet et sa femme ne faisaient que rire, des craintes de leur soeur.

Jules grandissait: son père, voulant lui donner plus d'instruction qu'il n'en avait reçu lui-même, l'envoya à l'école primaire supérieure. L'enfant continua de prendre tout ce qu'il pouvait attraper chez lui. Il emportait souvent des balles, des billes, des sucre d'orge, qu'il revendait ensuite à ses camarades.