Tante Monique visitait les habits de son neveu tous les soirs, quand il était couché, pour voir s'ils n'avaient pas besoin d'être raccommodés; et si elle trouvait de l'argent dans les poches, elle en avertissait sa soeur, et lui disait:
«Où Jules prend-il cet argent-là? Tu ne veux pas le corriger; tu verras, ma soeur, qu'il nous causera beaucoup de chagrin quand il sera grand!»
Aussitôt que l'enfant sut écrire, il alla chez le libraire-papetier acheter des livres, des plumes, des crayons, du papier, au nom de son père; quand on présenta le mémoire de toutes ces fournitures à l'épicier, il s'étonna que son fils eût pu consommer tant de choses en une seule année de classe. Jules, interrogé, dit qu'il avait fourni du papier et des livres à de pauvres écoliers qui n'avaient pas d'argent pour en acheter; et sa mère le loua beaucoup de son bon coeur. Tante Monique ne se pressa pas de lui faire des compliments. Elle alla aux informations, et apprit que Jules vendait à bon marché à ses camarades ce qu'il prenait à crédit chez le libraire. Elle en avertit M. Longuet qui gronda son fils. Tante Monique ne trouvant plus rien dans les poches de Jules, le soir, ne comprenait pas ce que devenait l'argent qu'il se procurait par tant de moyens honteux; et l'enfant soutenait qu'il n'en avait pas.
Un jour que M. et Mme Longuet étaient sortis ensemble pour aller cueillir des fruits à leur jardin qui était dans le faubourg, tante Monique gardait la boutique. Jules rentra de l'école et se mit à écrire sur le coin du comptoir. La bonne fille quitta sa place un moment pour aller veiller au dîner qui cuisait dans l'arrière-boutique. Quand elle eut soigné son ragoût, elle se leva pour rentrer au magasin; mais, au moment d'ouvrir la porte, elle aperçut Jules à travers le vitrage, la main dans le tiroir à argent et s'emparant de deux pièces de cinq francs. Elle ouvrit la porte rapidement et le prit sur le fait. Alors elle lui fit honte de sa mauvaise action.
«Mais, tante Monique, dit Jules un peu déconcerté, je ne vole pas, puisque cet argent est à mon père!
—Tu voles ton père, malheureux! car ce qui lui appartient ne t'appartient pas; et c'est d'autant plus mal qu'il a toute confiance en toi. Remets tout de suite ce que tu as pris! Tu sais bien que nous ne sommes pas assez riches pour te donner des pièces de cinq francs pour tes menus plaisirs.»
Jules, n'osant pas résister à sa tante, remit l'argent dans le tiroir.
«Mon enfant, dit tante Monique en pleurant, tu as là un malheureux penchant qui te mènera à ta perte, et tes parents ne survivront pas à ton infamie; car si tu déshonores ton père, il en mourra; et ta mère ni moi ne pourrons jamais nous consoler.
—Mon Dieu, tante Monique, vous faites bien du bruit pour des enfantillages!
—Jules, ce ne sont pas là des enfantillages, mais des choses bien graves, au contraire! Tu as treize ans passés, et tu sais bien que le vol est un crime que la loi punit; tu sais aussi combien l'honnêteté est estimée dans le monde, et tu n'ignores pas qu'en volant tu fais une chose honteuse.